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Pourquoi les régimes stricts ruineraient votre plaisir de manger

Pourquoi les régimes stricts ruineraient votre plaisir de manger

De nombreux Français adoptent aujourd’hui une alimentation stricte, en évitant le sucre, le gras ou en sautant des repas comme le goûter. Ces règles strictes sont souvent issues de slogans du type « Mange ça, pas ça », qui transforment chaque repas en un défi à relever, plutôt qu’un moment de plaisir et de nourrissage.

Dans un article publié dans The Conversation, Charlotte Carlson, directrice du Centre de nutrition Kendall Reagan à l’Université d’État du Colorado, rappelle que cette culture des régimes peut entraîner de la culpabilité, une perte de contrôle et même des troubles alimentaires. Selon elle, la santé ne se résume pas à suivre des règles rigides.

Les régimes promettent souvent qu’en éliminant certains aliments, on pourra rester en forme. Ce discours, très répandu en ligne, repose sur une morale : être mince serait une preuve de volonté, et dévier des règles serait un échec. Pourtant, des études montrent que plus de 90 % des personnes reprennent leur poids initial, voire plus, dans les cinq ans suivant un régime restrictif. Ce phénomène, connu sous le nom d’effet « yoyo », a des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique, notamment cardiovasculaire.

Cette approche dichotomise souvent les aliments en « bons » et « mauvais ». Lors d’une soirée avec pizza, dips et biscuits, les personnes peuvent se sentir contraintes à ne manger que des crudités, ce qui peut augmenter leur faim. Elles finissent par céder à la tentation, en mangeant des biscuits de façon impulsive, puis ressentent de la honte. Ce cycle de restriction et de compulsion peut alors s’installer, dénonce Carlson.

Une alimentation équilibrée sans interdits : le principe « all foods fit »

Pour sortir de ce cercle vicieux, une approche appelée « all foods fit » est recommandée. Elle repose sur l’idée que tous les aliments ont leur place dans une alimentation équilibrée, à condition de gérer les quantités, la fréquence et le contexte global (sommeil, stress, activité physique, santé mentale). L’écoute des signaux internes – faim, rassasiement, satisfaction, confort digestif – est essentielle dans cette démarche.

Des études en France montrent qu’il est possible de respecter les recommandations nutritionnelles tout en conservant environ un cinquième de la ration quotidienne sous forme d’aliments moins favorables nutritionnellement. La majorité de l’alimentation, soit deux tiers, doit être constituée d’aliments riches en nutriments, comme les fruits, légumes, féculents complets, légumineuses, produits laitiers ou protéines. La règle simple souvent évoquée par les diététiciens est : 80 % d’aliments sains et 20 % d’aliments plaisir.

Comment intégrer tous les aliments dans ses repas ?

Reprenons l’exemple de la soirée pizza. Sans étiquette « bon ou mauvais », on peut simplement s’appuyer sur son expérience : la pizza seule ne rassasie pas toujours, et peut peser sur l’estomac. On peut choisir deux parts, accompagnées de légumes et de sauce. Si une envie de biscuit survient plus tard, on peut le déguster doucement et s’arrêter quand on ressent la satisfaction, laissant éventuellement une moitié pour plus tard. Avec cette approche, on conserve une sensation de calme plutôt que de débordement.

Pour adopter cette flexibilité, il est utile de suivre quelques repères :

  • Exprimer les aliments sans jugement : « ce poulet m’apporte des protéines », « cette glace est un dessert ».
  • Manger régulièrement dans la journée pour éviter la faim extrême.
  • Réintroduire progressivement les aliments longtemps interdits, en petites quantités, dans des repas complets.
  • Se poser la question avant de manger : « De quoi ai-je envie ? De quoi mon corps a-t-il besoin maintenant ? ».

En cas de pensées obsessionnelles sur la nourriture, de culpabilité intense ou de crises de compulsions répétées, il est conseillé de consulter une diététicienne spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire ou une coach dans l’alimentation émotionnelle. Ces professionnels peuvent aider à construire une relation plus sereine avec la nourriture.

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