Plus d’un enfant sur deux ne mangerait moins de 10 aliments différents par semaine, en majorité des « valeurs sûres » comme les pâtes, le riz, le poulet ou le steak. Derrière ces assiettes répétitives, la médecin nutritionniste Laurence Plumey alerte sur un risque : « Ce n’est pas leur rendre service que de limiter les enfants. Moins ils en mangent pendant l’enfance, moins ils en mangeront par la suite. »

La diversité alimentaire enfant désigne simplement le nombre d’aliments différents consommés sur une période donnée. D’après une enquête de l’institut de sondage OpinionWay pour HelloFresh, menée du 15 au 23 juillet 2025 auprès de 1033 parents d’enfants de 8 à 18 ans, 24 % déclarent que leur enfant ne consomme que 1 à 5 aliments sur une semaine type, 40 % se situent entre 6 et 10, pour une moyenne de 12 aliments. Il y a donc de la marge pour élargir le menu, mais sans transformer chaque dîner en bras de fer.

Moins de 10 aliments : ce que révèle le sondage sur la diversité alimentaire enfant

Les chiffres sont frappants : près d’un enfant sur quatre ne mange pas plus de cinq aliments différents par semaine et 76 % des 8‑18 ans n’ont jamais goûté certains légumes comme le pak choï ou le panais, selon le sondage cité par TF1 Info. Plus de la moitié des parents disent être en « lutte constante » pour faire accepter un légume, et 59 % avouent ne plus savoir comment varier les assiettes. Pour Laurence Plumey, fondatrice de la méthode de Napso-thérapie, « tout est une question de mesure. Nous devons le respecter et lui apporter ce dont il a besoin pour nourrir les milliards de cellules qui nous composent ».

Pourquoi les légumes cristallisent le problème

Le soir, beaucoup de familles reviennent au combo rapide poulet, riz ou pâtes, qui « passe » sans discussion. La nutritionniste observe que même les restaurants proposent peu de légumes, ce qui entretient une forme de « pauvreté alimentaire ». Fenouil, choux de Bruxelles, salsifis ou butternut restent souvent inconnus. Dans le rapport OpinionWay, 42 % des parents reconnaissent ne pas cuisiner certains légumes parce qu’ils ne les aiment pas eux-mêmes, 22 % disent ne pas savoir comment les intégrer. « Personne n’aime les légumes à l’eau. Il faut de la créativité culinaire pour les rendre agréables », insiste Laurence Plumey.

La néophobie alimentaire, cette méfiance normale face aux nouveaux aliments entre 2 et 6 ans, complique encore la donne. La diététicienne-nutritionniste Claire Trommenschlager, citée par Doctissimo, rappelle que cette phase s’atténue si l’on continue à proposer les aliments sans insister. Santé publique France recommande d’exposer un même aliment jusqu’à 10 fois, dans un climat détendu, avant de conclure qu’un enfant ne l’aime pas. Forcer, menacer ou faire du chantage augmente surtout les blocages.

Diversifier sans conflit : petits pas et rituels à tester

Selon Santé publique France, l’ambiance à table compte autant que ce qu’il y a dans l’assiette : éviter les écrans, les tensions et les « c’est ça ou rien ». Les données OpinionWay montrent que 65 % des parents négocient quand l’enfant refuse un plat, 18 % imposent et 17 % cèdent aussitôt pour des pâtes ou des frites. Un autre levier ressort du sondage : les enfants se disent plus enclins à goûter au dîner en famille (49 %), quand ils cuisinent avec leurs parents (39 %) ou en présence d’autres personnes (42 %).

Pour élargir doucement la palette, plusieurs stratégies peuvent se combiner :

  • servir une micro-portion de nouveauté à côté d’un aliment « refuge » rassurant ;
  • varier les formes et cuissons (rôti, gratin, soupe, cru) plutôt que toujours bouilli ;
  • introduire un seul nouvel aliment par semaine, mais le proposer plusieurs fois ;
  • cuisiner les légumes à l’avance, en grande quantité, pour gagner du temps les soirs pressés ;
  • manger soi-même ces légumes, pour que l’enfant les voie appréciés par les adultes.

Pour Laurence Plumey, l’objectif reste clair : des légumes à tous les repas, « crus ou cuits, ils apportent des choses que n’offre aucun autre aliment ». Une piste simple consiste à se fixer un mini-plan sur deux semaines : la première, choisir un légume jugé « facile » (carotte rôtie, courgette râpée, soupe mixée) et le proposer trois fois ; la seconde, tenter un légume plus délicat comme le chou de Bruxelles ou le fenouil, bien assaisonné, là encore en plusieurs expositions, sans obligation de finir l’assiette.